Everybody Loves Touda
(Flamme, je vous aime)
intertitre
Elle danse au rythme de ses envies, azerty à en faire perdre la raison aux hommes. Au risque, après une soirée musicale à flanc de colline, de finir dans une cruelle chasse à la femme au fond des bois… Dans sa bourgade de l’Atlas, Touda relève fièrement la tradition des Cheikhates, ces femmes qui osent chanter l’amour, le désir, la transe… face à des hommes qu’elles fascinent et qui les menacent. Ne vivant que pour son petit garçon, sourd-muet, et lasse de sa passade avec un flic, Touda part tenter sa chance à Casablanca, où un violoniste exigeant sait distinguer en elle l’étoile montante.
Femme, vie, liberté… comme en Iran ? En tandem avec son épouse, la réalisatrice Maryam Touzani, qui cosigne le scénario, Nabil Ayouch réussit ce film-manifeste à la gloire d’une artiste marocaine sublimant son âpre quotidien par sa foi dans l’art de la ghaïta, ce chant pur de révolte de l’âme.
La force du film est d’inscrire son héroïne au cœur d’une nature magnifiée, mais aussi dans un contexte social précis. Après « Les Chevaux de Dieu» (2012), consacré aux kamikazes des attentats de Casablanca, et « Much Loved» (2015), interdit au Maroc pour avoir montré sans fard la condition des prostituées de Marrakech, Nabil Ayouch réalise un nouveau film beau et fort en regardant la société marocaine au fond des yeux. L’actrice Nisrin Erradi irradie dans le rôle-titre.
Le plan-séquence final, très concerté, donne une étonnante variation de l’« ascenseur social ».
David Fontaine
